Les casinos en France : crise profonde ou retour à la réalité – Partie 1

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Écrit par Philippe Gauguier le 22 juillet 2014   |   371 vues0 commentaire

Les casinos sont-ils en crise ? 

Les casinos en France semblent être sur la mauvaise pente depuis 2007 : en effet, après des années florissantes, la tendance s’est inversée et le produit brut des jeux (PBJ ou chiffre d’affaires brut, c’est-à-dire les sommes gagnées par le casino ou perdues par les joueurs) a régulièrement diminué pour passer de 2,8 milliards d’euros en 2007 à 2,3 milliards en 2012(1).

La crise financière, le renforcement des contrôles d’identité à l’entrée des casinos depuis le 1er novembre 2006, l’interdiction de fumer dans les casinos applicable depuis le 1er janvier 2008 ont réduit la fréquentation des casinos.

Ainsi les mises des joueurs dans les casinos ont baissé depuis 2007 pour passer de 19,9 milliards d’euros à 15,1 milliards en 2012(2). En forte hausse entre 2000 et 2007 du fait de l’expansion du parc de machines à sous et de l’ouverture de nouvelles structures, les montants misés dans les casinos ont ainsi sévèrement décroché depuis la crise.

En raison de ces difficultés, le nombre de casinos a faiblement évolué ces dernières années, passant de 180 à 194 entre 2003 et 2007(3), puis restant relativement stable.

Peut-on attribuer la baisse d’activité des casinos à la crise économique ?

Il s’agit là d’une idée bien souvent mise en avant face aux difficultés rencontrées par les casinos. Cependant, malgré un environnement économique et social pesant, les Français ont continué de plébisciter les jeux, attirés par la perspective du gain dans un contexte de vives pressions sur leur pouvoir d’achat. Ainsi, les mises des joueurs français dans les jeux de hasard et d’argent ont continué de progresser de 2007 à 2012 pour passer de 38,1 milliards d’euros à 47,1 milliards(4). Les mises jouées auprès des monopoles d’Etat sont passées de 18,2 milliards d’euros en 2007 à 22,6 milliards en 2012(5). Face à cette tendance, il apparait donc que les casinos ont été de moins en moins attractifs.

La concurrence des jeux en ligne a été grandissante, passant de 0,7 milliard d’euros en 2009 à 9,4 milliards en 2012 selon l’Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL). Il apparaît donc que les casinos n’attirent pas les Français comme les autres jeux de hasard et d’argent.

Si les casinos subissent l’aléa conjoncturel, à l’inverse des autres acteurs des jeux d’argent et de hasard, c’est notamment parce qu’ils sont souvent implantés en zones touristiques et balnéaires. En effet, l’implantation des casinos en France est hétérogène en raison de la superposition historique des réglementations des jeux dans les casinos. Historiquement, seules les stations balnéaires, thermales ou climatiques pouvaient accueillir un casino (Loi de 1907). Depuis 1988, la législation a étendu la possibilité d’ouvrir un casino aux agglomérations touristiques de plus de 500 000 habitants. Les casinos ne semblant pas attirer une clientèle au-delà d’une zone de chalandise restreinte, ils subissent ainsi les modifications des changements de comportements touristiques des Français.

La faute en incombe aussi à une réglementation très lourde par rapport à leurs concurrents. En effet, la profession des casinotiers dénonce une lenteur administrative très contraignante pour pouvoir exploiter de nouveaux jeux. Par exemple, l’autorisation du jeu de la bataille dans les établissements de jeux d’argent le 11 mai 2013 était attendue depuis l’été précédent.

Pour lancer de nouvelles machines à sous, il faut compter presque un an de démarches. Un casino ne peut pas exploiter uniquement des machines à sous : il est tenu, par les dispositions de la réglementation des jeux, d’offrir à sa clientèle un ou plusieurs jeux de table. Le nombre de machines à sous est ainsi lié au nombre de tables de jeux : pour la première table de jeux installée, 50 machines à sous sont autorisées et 25 autres pour chacune des tables suivantes. Les patrons des établissements de jeux ont néanmoins obtenu depuis le 22 février 2013 un aménagement des horaires, permettant d’exploiter leurs machines à sous après la fermeture des tables de jeux, ce qui était interdit jusqu’alors. Alors que les jeux de table sont souvent déficitaires, un casino qui sollicite une autorisation de jeux (ou son renouvellement) doit ainsi obligatoirement créer (ou conserver) des salles de jeux de table.

(1) Source : Etude Xerfi « Le marché français des jeux de hasard et d’argent » – Juin 2013

(2) ; (3) ; (4) ; (5) Ibid (1)

A propos de l'expert

Philippe Gauguier

Philippe Gauguier
Responsable Conseil en Tourisme, Hôtellerie, Restauration, Associé groupe In Extenso In Extenso TCH

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