Tourisme golfique en France : trésor caché ou trésor gâché ? – Partie 1

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Écrit par Guy Boulo le 9 mai 2013   |   1 185 vue0 commentaire

Depuis que la France a été sélectionnée pour accueillir la Ryder Cup en 2018 sur le Golf National près de Versailles, même les non-golfeurs montrent un intérêt croissant pour ce sport ! Lors de sa dernière édition, la « World Cup » de golf – qui se classe sur la 3e marche du podium des événements sportifs les plus regardés sur la planète, après la Coupe du monde de football et les Jeux Olympiques – a généré environ 90 millions d’euros selon les estimations pour le Pays de Galles, qui l’a hébergée. Et lorsque l’on sait qu’un touriste golfeur en Europe dépense en moyenne 120% de plus qu’un touriste non-golfeur (soit un montant estimé de 170 € par jour), la France pourrait bien être assise sur un filon.

Actuellement, le tourisme ne représente que 20% du chiffre d’affaires du secteur du golf en France, soit environ 400 millions d’euros par an de recettes directes et indirectes. Pourquoi donc le tourisme golfique n’a-t-il pas encore été mieux exploité ? Serait-il une mine d’or dont la France peine à trouver l’entrée ? Dans ce cas, cela peut-il être imputé en partie aux difficultés d’accès dont souffrent certains golfs, et à l’inadéquation de l’offre d’hébergement in situ ?

Des offres diversifiées

Il y a pourtant peu de pays au monde, voire aucun, qui offrent comme la France une telle diversité de sites golfiques dans un espace géographique aussi limité. Depuis les parcours exceptionnels nichés dans les dunes de la Côte Atlantique, de Normandie et du Pas-de-Calais, jusqu’aux spectaculaires cadres naturels alpins de Chamonix, Méribel et Corrençon, en passant par les paysages méditerranéens de la Côte d’Azur et du Languedoc – sans oublier bien sûr les traditionnels parcours et club-houses installés sur des domaines de caractère (parcs, châteaux) près de Paris, la France dispose véritablement d’une large palette d’offres apte à satisfaire le golfeur, même le plus exigeant.

Le pays est doté d’environ 580 parcourssoit plus que tout autre pays d’Europe continentale. Cette offre est 6 fois supérieure à celle du Portugal, et presque le double de l’Espagne. En y ajoutant la gastronomie française, les vins, la mode et la culture, le « cocktail touristique » ainsi obtenu permet à la France d’attirer plus de 80 millions de visiteurs étrangers par an, et de se classer ainsi à la première place des destinations touristiques internationales. Et pourtant, il est surprenant de constater que la majorité des 65 millions de golfeurs à travers le monde ne considère pas la France comme une destination golfique incontournable et prioritaire. Est-ce dû à des carences en termes de produit, d’accessibilité ou de marketing, ou tout simplement à un manque de visibilité des professionnels français du secteur par rapport à leurs homologues européens et américains ?

En effet, contrairement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis où des chaînes hôtelières comme De Vere ou Marriott sont entrées sur le marché du golf par une stratégie active, les opérateurs français semblent hésitants à les imiter, se contentant de stratégies opportunistes, plutôt que de développer activement la complémentarité entre des marchés d’affaires et séminaires s’exprimant essentiellement en semaine, et une demande golfique se concentrant plutôt sur les week-ends et les périodes de vacances scolaires. Le nombre d’hôtels de grande capacité implantés sur des golfs pourrait être compté sur les doigts des deux mains, même si des opérateurs comme Dolce ou Lucien Barrière, entre autres, viennent spontanément à l’esprit. Dans la mesure où les golfeurs dépensent traditionnellement plus que la moyenne des touristes, il est surprenant que les opérateurs hôteliers – de chaînes ou indépendants – et les pouvoirs publics, tant au niveau local que national, n’aient pas pleinement pris la mesure des effets induits par la clientèle golfique sur l’activité de restauration et les autres recettes diverses, et ne concrétisent pas plus les opportunités liées à ce marché.

Culture locale et masse critique

Une explication possible pourrait résider dans un des atouts intrinsèques de la France : ses villages, villes et métropoles. Bien qu’il constitue un « ambassadeur » particulièrement important pour le tourisme français, le patrimoine culturel urbain de la France peut s’avérer à double tranchant pour le tourisme golfique. On ne peut reprocher au touriste golfeur qui, sous l’effet des attraits évidents du pays, se laisse convaincre de venir jouer en France, de préférer sortir dîner et se distraire, après un parcours exténuant, dans un de ces centres-villes historiques qui font le charme du pays, plutôt que de rester dans le cadre plus impersonnel et excentré d’un hôtel-golf. Conscients de cela, est-ce que les grands opérateurs hôteliers en France choisissent spécifiquement de s’implanter ailleurs que sur des golfs ?

Tout cela est très différent des complexes construits sur-mesure, tels que Belek dans le sud-ouest de la Turquie (Antalya), développé dans le but précis de satisfaire une demande touristique et golfique haut de gamme. La clientèle y vient pour se détendre et jouer dans de bonnes conditions ; goûter la culture locale n’est pas toujours une des principales priorités du séjour. De plus, le concept « tout compris » proposé en Turquie – en particulier dans la région d’Antalya où environ 15 parcours de golf de compétition ont été construits dans un rayon de 15 kilomètres autour d’une vingtaine d’hôtels et resorts spécialisés, dotés chacun d’au moins 250 chambres – contribue fortement à générer une masse critique capable d’influer sur la desserte aérienne.

Ces complexes hôteliers attirent environ 1 million de visiteurs par an – et pas seulement sur la haute saison estivale traditionnelle de juillet-août – faisant de la région une véritable « destination golfique ».

A l’inverse, l’offre en France tend à être plus éparpillée, avec des parcours de golf souvent situés à des kilomètres l’un de l’autre et fréquemment éloignés des hébergements de standard international. Cela rend difficile pour un touriste golfeur de tester plus d’un ou deux parcours durant son séjour, et pour un exploitant de développer des offres couplées (de type « golf pass » par exemple).


Article rédigé par Michael L. Holmes, consultant en développement golfique, MLH Consult et Michelle Fawcett, consultante senior, In Extenso Tourisme, Hôtellerie et Restauration.

In Extenso THR et MLH Consult associent leurs expertises pour apporter un conseil professionnel et opérationnel dans le secteur du golf, tant pour les investisseurs et opérateurs privés (dans leurs problématiques d’études de faisabilité, d’évaluations pour acquisitions/cessions, d’assistance à la pré-ouverture, de suivi des opérations…) que pour les collectivités territoriales (études stratégiques de développement du golf sur un territoire, études de projets, assistance à la sélection d’architectes, d’investisseurs ou d’opérateurs, assistance à maîtrise d’ouvrage…).

A propos de l'expert

Guy Boulo

Guy Boulo
Directeur de Transaxio Hôtel, Partenaire du groupe In Extenso

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