Les casinos en France : crise profonde ou retour à la réalité – Partie 2

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Écrit par Philippe Gauguier le 29 juillet 2014   |   691 vues0 commentaire

Après l’âge d’or, un retour à la réalité ? 

Pendant plus de dix ans, après la libéralisation en 1987 des machines à sous, la croissance du produit brut des jeux des casinos a suivi un rythme effréné de plus de 10 % par an. Puis l’augmentation est devenue beaucoup plus mesurée (entre 1,3% et 3,7% entre 2003 et 2007)(1) et la tendance s’est ensuite inversée. Si les casinos se montrent moins attractifs, cela signifie-t-il qu’ils ne sont pas rentables ?

Face aux difficultés rencontrées par les casinos, des allègements fiscaux ont permis d’améliorer le produit net des jeux, qui correspond à la somme acquise aux casinos après les prélèvements obligatoires.

Ainsi, en raison de la baisse de la fréquentation et donc du produit brut des jeux, la rentabilité des casinos a diminué mais ces assouplissements fiscaux ont permis de soutenir la rentabilité des casinos qui reste malgré tout favorable pour la majorité. En, effet, sur les 40 premières entreprises du secteur, le taux de résultat net se situe entre 0% et +35% du produit net des jeux pour 33 d’entre elles. Seules 7 ont un résultat net négatif(2).

Les casinos : machines à blanchir ? 

Les casinos souffrent d’une image dégradée qui nuit à leur développement, les élus craignant de dévaloriser l’image de la commune dont ils ont la responsabilité en y autorisant l’installation d’établissements de jeux. En effet, pour beaucoup, casino rime avec pratiques illicites, immoralité et gains faramineux aux dépens de l’économie réelle.

Le blanchiment d’argent dans les casinos a probablement existé par le passé. Mais n’oublions pas cependant de changer d’époque ! Aujourd’hui, la profession de casinotier est l’une des plus contrôlées en France, si ce n’est la plus contrôlée.

Alors que plus de 90%(3) du produit brut des jeux des casinos est issu des machines à sous, il est difficile d’imaginer de grands criminels ou des réseaux terroristes blanchir de l’argent avec des pièces de quelques centimes… Même si ces derniers se montraient extrêmement patients, l’exploitation des casinos, soumise à autorisation, a la particularité d’être fortement réglementée et contrôlée par les pouvoirs publics : des mesures de surveillance extrêmement fortes limitent ainsi considérablement les risques de fraude et de blanchiment. Tous les mouvements de change et les gains supérieurs à 2 000 euros sont enregistrés et consignés sur un registre, avec l’identité du joueur, et tenus à la disposition des ministères de tutelle (ministère de l’Intérieur et ministère des Finances). Même les banques et les établissements financiers ne sont tenus à une obligation aussi stricte, puisque qu’ils ne le sont qu’à partir de 7 500 euros.

Les casinos ne sont accessibles qu’après un contrôle d’identité aux entrées : le joueur ne doit pas figurer sur la liste des interdits de jeux. De plus, ces établissements sont astreints à une « déclaration de soupçon de blanchiment d’argent ». Ces déclarations sont collectées par TRACFIN (service du ministère des Finances) puis répercutées vers les procureurs, la police judiciaire et les douanes. La surveillance du jeu est assurée par la direction du casino, qui organise de multiples contrôles opérés par les membres du personnel en salle et complétés par la vidéosurveillance. La surveillance des casinos est également assurée par la Police nationale (Division de la surveillance générale des casinos et des cercles). Elle assure une présence permanente dans les casinos, au minimum une fois par semaine de jour ou de nuit, sur rendez-vous ou de manière impromptue.

Sont également vérifiés cartes, jetons, plaques, les carnets d’avance des tables de jeux, etc. De même, les fonctionnaires des Finances ont libre accès au casino : ils contrôlent la comptabilité et les déclarations faites par le directeur du casino relativement au produit des jeux. Les circuits de vidéosurveillance et les programmes informatiques des machines à sous sont également étroitement analysés et contrôlés. Les techniciens qui y ont accès sont agréés (comme les entreprises extérieures auxquelles ils appartiennent) et sont les seuls autorisés à les manipuler.

Le fonctionnement des tables de jeux traditionnels réclame, conformément à la réglementation des jeux en France, un personnel nombreux et expérimenté.

Leur recrutement n’est autorisé qu’après enquête du ministère de l’Intérieur et une habilitation individuelle.

Du fait de cette réglementation très stricte, les casinos développent des procédures de contrôle interne très fortes. Cette tendance est renforcée par la structure des acteurs du secteur majoritairement composée de grands groupes : 4 groupes de casinos (Groupe Lucien Barrière, Partouche, Tranchant et Joa Groupe) représentent 76 % du produit brut des jeux, 9 groupes de dimension plus modestes, 13 % et une trentaine d’indépendants, 11 %(4). Plusieurs groupes de casinos sont également cotés en Bourse.

(1) Source : Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire

(2) Traitement Deloitte à partir des données issues de l’étude Xerfi « Le marché français des jeux de hasard et d’argent » – Juin 2013

(3) ; (4) Source : Casinos de France

A propos de l'expert

Philippe Gauguier

Philippe Gauguier
Responsable Conseil en Tourisme, Hôtellerie, Restauration, Associé groupe In Extenso

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