Le renouvellement et le contrôle des concessions de golf – Partie 1

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Écrit par Michelle Fawcett le 15 juillet 2014   |   346 vues0 commentaire

Sur les 700 golfs que compte la France, environ 250 (soit 36%) sont la propriété de collectivités locales. Toutefois, seulement 5% sont exploités directement par les collectivités concernées. Ainsi, plus de 200 golfs municipaux sont gérés par des exploitants externes ou par des associations. La grande majorité de ces parcours ont été créés pendant la période où la construction de golfs a explosé, entre 1985 et 1995. Compte tenu d’une durée moyenne de concession qui était de 20 à 25 ans, beaucoup de collectivités locales se trouvent confrontées à la nécessité de lancer des appels d’offres pour renouveler ces contrats.

Considérant l’éventail des candidats potentiels (comités de membres/associations golfiques, exploitants spécialisés, grandes entreprises telles que des groupes hôteliers, etc.) et la complexité accrue de l’environnement de marché du golf aujourd’hui, il y a des points cruciaux que les collectivités locales doivent prendre en compte pour renouveler ces concessions golfiques avec un niveau de contrôle satisfaisant.

Les évolutions du paysage golfique et les défis actuels

Pendant le boom du développement golfique dans les années 1980 et 1990, les collectivités locales françaises, en particulier sur le littoral et dans les Alpes, ont choisi d’investir dans le golf en tant qu’équipement de loisirs, soit pour prolonger les traditionnelles six semaines de haute saison estivale (littoral), soit pour aider à créer une saison estivale en proposant des équipements récréatifs supplémentaires (montagne). A cette époque, il y avait encore peu d’expérience en France en termes d’économie de l’activité golfique, qu’elle soit commerciale ou publique, et les compétences disponibles pour élaborer des contrats complexes étaient limitées.

Aujourd’hui, l’industrie du golf et son environnement de marché sont très différents de l’époque des clubs de membres classiques, qui dépendaient essentiellement des adhésions et des cotisations annuelles pour leur équilibre financier. L’émergence du golfeur “nomade”, la démocratisation du golf qui a suivi, l’apparition de cartes de fidélité offrant des « green fees » à prix cassés, l’arrivée d’Internet et des réservations de « green fees » en ligne ont complexifié le modèle économique, pas nécessairement de manière négative, mais souvent sans réflexion structurée au niveau de chaque équipement.

Une rentabilité financière difficile à atteindre

En général, on peut distinguer deux grands types de produits golfiques dans le secteur public : le premier est un équipement à vocation principalement touristique, dont l’objectif est d’allonger la saison touristique traditionnelle. Si son développement est correctement structuré, ce type de parcours peut générer des recettes complémentaires (hôtellerie, restauration, etc.) pour le tissu économique local, justifiant ainsi un investissement golfique qui, sans ces périphériques, n’aurait pas nécessairement eu de pertinence économique. Ces recettes complémentaires peuvent représenter jusqu’à plus de quatre fois le montant des « green fees » touristiques.

Le deuxième type est un golf urbain ou périurbain, qui s’intègre généralement dans une politique locale de sport pour tous, en mettant cet équipement à disposition de la population locale, au même titre que d’autres sports et équipements subventionnés par la municipalité.

Dans les deux cas, l’exploitation du golf supporte une forte proportion de charges fixes (atteignant fréquemment 80% des charges totales) et, sauf dans les destinations les plus fréquentées, engrange souvent des flux de recettes extrêmement irréguliers et saisonniers.

De plus, peu de golfs arrivent à vivre uniquement sur les recettes générées par le tourisme, ce qui peut mener à des conflits d’intérêts entre les golfeurs locaux, l’association sportive du golf, l’exploitant et les golfeurs touristiques (problématique de l’accès au parcours le dimanche, par exemple, lorsque les compétitions organisées par le club coïncident avec le premier jour de jeu pour le touriste séjournant une semaine).

Accorder une concession sur un parcours de golf est un exercice complexe pour une collectivité locale, qui ne correspond pas nécessairement à la compétence première ou aux intérêts les plus prioritaires des hauts fonctionnaires et des élus locaux. Toutefois, l’ampleur des enjeux et des montants en question pour un golf municipal avec un club-house et un practice peut être perçue à travers les données moyennes suivantes :

  • sur une durée de 20-25 ans, la valeur actuelle de remplacement (valeur de reconstruction, hors foncier) peut aller de 4 à 12 millions d’euros ;
  • le chiffre d’affaires réalisé par le parcours et le “clubhouse” peut représenter de 15 à 70 millions d’euros ;
  • les retombées économiques locales pour un golf touristique peuvent atteindre 2 à 10 millions d’euros par an et 40 à 250 millions d’euros sur la durée totale de la concession ;
  • la redevance de concession peut s’étager de 30 euros (1€ symbolique par an) à 3,5 millions d’euros ;
  • le programme de rénovation des infrastructures (selon son ampleur et son contenu) peut dépasser 4 à 6 millions d’euros sur la durée de la concession, en particulier pour les renouvellements de contrats dans lesquels les carences d’entretien sur la période précédente et les problématiques de mise aux normes prennent une importance particulière.

A propos de l'expert

Michelle Fawcett

Michelle Fawcett
Consultante, In Extenso Conseil Tourisme, Hôtellerie et Restauration

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