Les associations entre mutations et crise économique Episode 1 : Le contexte de ces dix dernières années

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Écrit par Michèle Lorillon le 18 décembre 2012   |   732 vues0 commentaire

En 2012, Deloitte a lancé une enquête, en partenariat avec le CNRS, auprès des associations employeurs, afin de faire un nouvel état des difficultés du secteur. Elle fait suite à l’enquête réalisée en 2006 (étude « Trajectoires associatives »).

Nous vous présenterons plusieurs épisodes relatant les résultats de cette étude.

En préambule, rappelons le poids du secteur associatif, estimé à ce jour,   par quelques chiffres (Repères sur les associations en France – CPCA – mars 2012 – Edith Archambault et Viviane Tchernonog) :

  • 1 300 000 associations actives,
  • 32 % des français exercent une activité bénévole au sein d’associations soit 16 millions de bénévoles,
  • 23 millions de français adhèrent à une association,
  • la masse salariale du secteur associatif représente 37 milliards d’euros de salaires, soit près de 5% de la masse salariale totale des secteurs public et privé. Une estimation de 1,8 millions de personnes environ exerçant une activité salariée dans une association,
  • un budget cumulé avoisinant 70 milliards d’euros, soit 3.5% du Produit Intérieur Brut (P.I.B),
  • des financements d’origine publique et privée en proportion comparables,
  • des financements publics en profonde restructuration et désormais en baisse,

Les évolutions intervenues ces dix dernières années ont modifié le mode d’organisation et les logiques d’action des associations françaises. Elles ont aussi subi les effets d’une crise économique importante raréfiant les ressources au moment où les besoins de solidarité explosent.

Jusqu’en 2009 et contrairement aux idées reçues, les ressources du secteur associatif – privées comme publiques  – se sont accrues à un rythme supérieur à celui du P.I.B, entrainant une augmentation régulière de son poids économique et de l’emploi salarié. Les ressources privées – dons, mécénat et surtout vente aux usagers – augmentant à un rythme deux fois plus rapide que les ressources publiques.

Cette augmentation régulière des ressources publiques cache des réalités différentes :

  • Un désengagement de l’Etat constaté sur tous les secteurs d’activité présents dans le monde associatif.
  • En contrepartie, un développement accru des financements des collectivités locales. Toutefois, celles-ci utilisent de nouvelles formes de financement, comme le recours plus généralisé aux commandes publiques, qui répondent, à leurs yeux, d’une part, aux réglementations fiscales et européennes et d’autre part, à un contexte budgétaire resserré, leur imposant une meilleure visibilité à moyen terme de leurs actions et de leurs financements.

Dans le même temps, on constate un poids plus important des ressources privées dans le financement des associations, principalement lié à la progression de la participation des usagers aux services rendus par l’association. Cette tendance a conduit les associations à orienter davantage leur projet et leurs actions vers des publics solvables.

Les dons et mécénat représentent 5 % des ressources totales des associations, ce qui semble faible par rapport à d’autres pays européens.

Le nombre de créations d’associations et le nombre d’associations vivantes s’est considérablement accéléré jusqu’en 2010, alimentant également le sentiment de raréfaction des ressources et générant de multiples difficultés, parfois de concurrence entre associations.

Enfin, le contexte actuel est également marqué par une forte professionnalisation qui nécessite des interventions –bénévole ou salarié – faisant appel à des compétences de plus en plus marquées. La bonne volonté ne suffit plus pour agir et mettre en place des actions et des projets devenus de plus en plus techniques.

L’impact de la crise : baisse des ressources et baisse de l’emploi salarié dans les associations

Si les données actuellement disponibles ne permettent pas de mesurer l’impact réel de la crise, il est déjà possible de formuler quelques commentaires sur les premières observations, notamment à partir de l’évolution de l’emploi salarié. La progression de l’emploi sur les dix années précédant la crise, a été très rapide – plus du double de l’emploi salarié total. Il a même continué d’augmenter en 2010, ce qui laisse supposer que les ressources des associations se sont maintenues jusque-là.

Mais il s’infléchit entre 2010 et 2011, année de baisse des emplois du secteur associatif (perte de 11 000 emplois entre ces deux années). Ce fléchissement provient certainement de la diminution des financements publics constatée sur la même période.

Suite au prochain épisode, dans lequel nous vous présenterons quelques enseignements intéressants issus de cette enquête.

Sources utilisées :
Repères sur les associations en France –mars 2012 – CPCA – Edith Archambault et Viviane Tchernonog)
La France associative en mouvement  – octobre 2012 – Recherches et Solidarités.

A propos de l'expert

Michèle Lorillon

Michèle Lorillon
Expert-comptable associée, Responsable Associations – Economie sociale, groupe In Extenso

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