Le développement du golf et du tourisme golfique en France : bien préparer son jeu – Partie 1/2

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Écrit par Guy Boulo le 24 décembre 2012   |   2 280 vues0 commentaire

Selon l’Association internationale des tour-opérateurs de golf (IAGTO), le marché mondial du tourisme golfique représente un chiffre d’affaires de près de 13 milliards d’euros. Parmi les 56 millions de golfeurs dans le monde entier, 5% à 10% voyagent à l’étranger pour pratiquer leur passion : le marché international du tourisme golfique peut donc être estimé entre 2,8 millions et 5,6 millions de joueurs. Première destination touristique mondiale disposant de certains des plus beaux golfs d’Europe, où se situe la France aujourd’hui dans le développement du golf et du tourisme golfique ?

Cet article retrace l’histoire du développement des golfs français, identifie les différents obstacles rencontrés aujourd’hui par les développeurs et opérateurs, et tente de déterminer les principaux éléments susceptibles d’accroître les chances de réussite.

Du soleil, de l’air pur et des malles de voyage

Alors que la France peut en effet revendiquer la création du premier parcours de 18 trous d’Europe continentale, ce n’est pas avant le début du XXe siècle et la période de l’entre-deux-guerres que le tourisme golfique commence à prendre de l’importance. Les amateurs de golf venaient en bonne partie de Grande-Bretagne – membres de la noblesse et de l’élite britannique voyageant en compagnie de leurs domestiques sur la route du soleil, en passant par Cannes, Biarritz, La Baule, Dinard, Deauville, Le Touquet et Paris (de ce fait, c’est cette même clientèle qui fit la renommée des célèbres malles Louis Vuitton). Courses hippiques, casinos et grands hôtels commencèrent à se multiplier, selon un modèle perdurant encore dans des groupes tels que Lucien Barrière.

L’air pur était une attraction majeure. Aujourd’hui encore, les quartiers résidentiels les plus recherchés se situent en périphérie ouest ou sud-ouest des grandes villes comme Paris et Londres, où l’air est plus pur en raison des vents d’ouest dominants. Ainsi à Paris, l’arc qui va de St Germain-en-Laye à Versailles constitue une des banlieues résidentielles les plus convoitées, ainsi que la terre d’accueil de la majorité des clubs de golf les plus anciens et les plus élitistes de Paris.

Le boom du golf touche-t-il à sa fin?

Avant le boom du golf au milieu des années 80, la France disposait d’environ 160 parcours sur son territoire. En 1995, le pays en comptait presque 500.

Mais quinze ans plus tard, la France n’a toujours pas atteint le nombre de 600 parcours (classiques). Quelles sont donc les raisons de cet accroissement soudain, et pourquoi ce ralentissement quelques années plus tard ?

Dans les années 1980, le développement des terrains de golf était divisé en trois catégories, avec très peu de recherches sur la demande et l’économie qui caractérisait ce sport.

Tout d’abord, en Ile-de-France et en région PACA, près de 40% des nouveaux projets étaient financés par des développeurs japonais, profitant de la bulle économique nipponne pour investir dans des équipements de loisirs à l’étranger (le japon n’ayant pas suffisamment de terrains disponibles pour répondre à la demande), et de la demande grandissante de parcours de golf dans leur propre pays. Beaucoup de ces propriétés ont été revendues depuis, certaines même à plusieurs reprises, pour un montant nettement inférieur au coût initial de développement.

En second lieu, les collectivités locales françaises, et plus particulièrement celles situées le long des côtes et dans les régions alpines, décidèrent d’investir dans le golf comme activité de loisirs, que ce soit pour prolonger les traditionnelles 6 semaines de haute saison estivale (en régions côtières), ou pour développer une clientèle d’été via ces nouveaux équipements de loisirs (en régions montagneuses). Cette dynamique était particulièrement visible sur la côte sud de la Bretagne, jusqu’en Vendée. Beaucoup de ces parcours étaient gérés par Formule Golf (filiale du groupe SAUR) et ont été récemment regroupés sous l’enseigne Blue Green. De plus, pour une collectivité, le développement d’un golf peut constituer un moteur pour la dynamisation de l’attractivité touristique et rejaillir sur l’ensemble du territoire, au-delà des retombées directes sur l’équipement lui-même.

En troisième cas, beaucoup de propriétaires fonciers (souvent à court de liquidités mais riches en terres) se sont imaginés qu’il y avait une demande insatiable de parcours de golf et que la poule aux œufs d’or était venue pondre à leur porte. Soutenus par des banques (en particulier le Crédit Lyonnais), beaucoup de ces développements se situaient dans des zones assez fragiles, soit en termes de demande locale, soit en termes de recettes générées par le tourisme – la vallée de la Loire est un exemple flagrant. La saisie de ces biens par les banques a conduit à la création de Blue Green, le plus gros groupe de golf en France. Blue Green a lui-même vendu certains de ses biens afin d’assurer sa survie (le Domaine de Chantilly par exemple) et le groupe a changé d’actionnariat, totalement ou partiellement, à plusieurs reprises.

Un défi commercial

Presque la moitié des parcours construits depuis 1985 ont subi au moins une vente forcée, due à des pertes d’exploitation, et se sont fréquemment vendus à 25% ou 30% de leur coût initial de développement. Ceci est dû en majorité à une localisation trop isolée ou inappropriée, un financement insuffisant, une absence d’étude de marché sérieuse, une méconnaissance des principes d’exploitation d’un parcours de golf et une incapacité à financer ou obtenir un permis de construire pour développer des produits complémentaires générateurs de chiffre d’affaires. De plus, contrairement aux chaînes britanniques ou américaines comme De Vere et Marriott, les groupes hôteliers et parahôteliers français ont été réticents à entrer dans le marché du golf avec une stratégie commerciale directe : ils s’y sont plutôt aventurés ponctuellement en fonction d’opportunités, sans avoir de politique structurée pour essayer de faire concorder la demande MICE générée toute l’année pendant la semaine avec un marché golfique s’exprimant principalement le week-end et pendant les vacances scolaires.

Cela étant, le graphique en bas de page tend à indiquer que la demande en golf augmente plus rapidement que l’offre. Avec une croissance régulière du nombre de joueurs par parcours (plus de 700 actuellement), ajoutée au développement du tourisme golfique, le marché ne devrait-il pas être prospère et financièrement stable ?

Pourquoi alors presque la moitié des nouveaux parcours de golf en France opèrent-ils à perte ou dépendent-ils de sources de revenus complémentaires pour équilibrer leur exploitation ?

A propos de l'expert

Guy Boulo

Guy Boulo
Directeur de Transaxio Hôtel, Partenaire du groupe In Extenso

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