L’analyse des impacts et des coûts environnementaux des hébergements touristiques à l’aide de la méthode MALICE® – Partie 2/3

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Écrit par Guy Boulo le 20 février 2013   |   270 vues0 commentaire

Etude de cas, opération collective UNAT-Pays de la Loire en 2010

Suite à une première application en 2007, auprès de l’hôtel La Pérouse à Nantes, MALICE® a pu être appliquée auprès de trois établissements de l’UNAT1 lors du premier semestre 2010. Les établissements, membres du même réseau, se sont regroupés dans le cadre d’une opération collective pour bénéficier individuellement d’un accompagnement MALICE® et collectivement de temps d’échanges au sein du réseau sur des thématiques ciblées (restauration biologique notamment). Leurs objectifs et leurs niveaux d’avancement individuels étaient variables, tout comme leur configuration. L’opération a pu bénéficier du soutien financier de l’ADEME-Pays de la Loire, pour le diagnostic environnemental.

Présentation des établissements

Trois établissements ont participé à la démarche :

  • le Relais Cap France La Rivière, à Saint-Jean de Monts (85), établissement ouvert à l’année composé de 110 lits, accueillant des touristes individuels, familles, et groupes (séminaires, séniors, scolaires). L’établissement propose une restauration le midi, une piscine, un espace salle de réunion. La Rivière adhère au réseau Cap France et au label Chouette Nature. La motivation de l’établissement était d’identifier des gains et des actions complémentaires à mettre en place pour enrichir sa démarche déjà bien engagée ;
  • le centre Géorama, à Saint-Marc-sur-Mer (44) est un centre de vacances pour enfants, ouvert 180 jours/an, proposant 120 lits répartis en 30 chambres de 3 à 5 lits. Quatre bâtiments composent l’établissement qui propose une restauration le midi. L’objectif principal du Géorama était d’atteindre une conformité vis-à-vis des critères de l’écolabel européen ;
  • le PEP-Le Pouliguen (44) est également un centre de vacances pour enfants, ouvert cette fois à l’année, proposant 110 lits, quatre bâtiments, un service de restauration. La motivation du centre est de préparer un projet de rénovation dans le respect des normes HQE.

Résultats

Les établissements ne fournissant pas tous des produits d’accueil, ce poste a été écarté de l’analyse pour une réflexion à périmètre identique.

L’analyse porte en premier lieu sur l’aspect économique des postes liés à l’environnement. Il en ressort une forte disparité entre les établissements mais également des points de recoupement. Première observation, le coût total par nuitée peut varier de 1,43 € par nuitée à 3,19 €, soit un rapport du simple à plus du double, pour des services de qualité identique notamment entre le centre Géorama et le PEP – Le Pouliguen. Les enveloppes budgétaires totales sont à peu près équivalentes, de 36 885 € à 42 007 €. Le nombre de nuitées explique d’une part la disparité des coûts ramenés à la nuitée, mais surtout certains postes entraînent une dérive des dépenses :

  • le chauffage représente le premier poste de coût pour Le Pouliguen, avec l’équivalent de 1,33 € par nuitée, soit l’équivalent des dépenses totales du centre Géorama. En effet, le PEP-Le Pouliguen accueille du public toute l’année, avec néanmoins une très forte saisonnalité, mais surtout l’établissement possède une installation au gaz, fournissant de la chaleur pour l’ensemble des 3 bâtiments, sans système de régulation ou de distribution spécifique par bâtiment, ne correspondant pas à ses besoins de chauffage. Géorama, du fait de sa forte saisonnalité, limite les coûts liés au chauffage;
  • les achats alimentaires relatifs au petit déjeuner apparaissent comme le deuxième poste de coût.

Néanmoins, celui-ci est relativement faible, compte tenu du fort recours aux produits en format familial et d’un public en majorité composé d’enfants moins exigeant sur le plan de l’originalité des produits. Dans le secteur hôtelier, le coût par nuitée relatif au petit déjeuner est proche de 3 € pour un 3 étoiles ;

  • la blanchisserie et les produits d’entretien apparaissent en troisième ou deuxième position. Le budget est relativement similaire quel que soit l’établissement. Les produits détergents apparaissent comme les premiers contributeurs avec les services de location de linge ;
  • le matériel électrique représente l’ensemble des matériels consommateurs d’électricité hors éclairage. Leur usage est limité dans les centres de vacances (pas de TV individuelle par chambre notamment). Les plus gros contributeurs sont les installations générant du froid ou nécessaires au nettoyage de la vaisselle induite par le petit déjeuner ;
  • l’éclairage représente une très faible part des coûts quel que soit l’établissement. En effet, les établissements ont une activité limitée, voire nulle en hiver, période qui nécessite le plus d’éclairage, mais aussi les puissances totales installées sont relativement maîtrisées par un faible recours à des éclairages à incandescence ou halogènes. Concernant le bilan des gaz à effet de serre émis par les établissements, les disparités sont également fortes entre les établissements, les émissions par nuitée variant de 1,13 kg eq CO2 à 9,76 kg eq CO2.

Première explication : le choix et la performance du système de chauffage. En effet, Le Pouliguen est doté d’une chaudière gaz desservant tous les bâtiments de la propriété sans systèmes de régulation entre les bâtiments. Géorama utilise le gaz uniquement pour les bureaux administratifs utilisés l’hiver et utilise l’électricité dans les chambres, tout comme Cap France. Pour le deuxième poste, linge et produit d’entretien, les sacs poubelle et le nettoyage du linge apparaissent de loin comme les premiers contributeurs. Certains postes, comme le recours à des gobelets en plastique, contribuent également fortement au bilan.

Les consommables, d’une manière générale, sont très émetteurs de gaz à effet de serre (à base de matières plastiques ou de papier absorbant, et utilisés en forte quantité). Le poste lié à l’eau se révèle également important de par le chauffage de l’ECS, au gaz pour les 3 établissements. L’impact des produits alimentaires est relativement faible ramené à la nuitée, car les produits utilisés au petit déjeuner sont dans la majorité issus de ressources céréalières, même si les produits laitiers ont un impact au kg plus important. Quant à l’éclairage, sa contribution au changement climatique est très faible comparée aux autres postes.

Les déchets générés par nuitée varient entre 92 g et 208 g par nuitée, soit du simple au double entre les établissements. Certains déchets font fortement augmenter le bilan des établissements : le verre, notamment pour l’utilisation de bouteilles de jus de fruits non consignées ou l’usage de pots de confiture au petit déjeuner, les déchets non recyclables utilisés dans les consommables, tels que les gobelets en plastique, pelures d’oranges pour le jus pressé, sacs poubelle ou papiers carton, toujours lors de l’utilisation de consommables tels que les serviettes ou nappes en papier.

Enfin, sur les consommations d’eau, les résultats mettent clairement en lumière les établissements ayant déjà mis en place des systèmes de réduction de débit. Ainsi, Cap France présente des consommations d’eau par nuitée proches de 80 litres alors que Le Pouliguen, qui souhaite entamer une forte rénovation, consomme 190 litres par nuitée. La consommation d’eau est d’autant plus importante à réduire qu’elle entraîne une baisse des consommations d’énergie associée à son chauffage.

Article écrit en partenariat avec Hubert Vendeville, Directeur Associé de EVEA Tourisme

A propos de l'expert

Guy Boulo

Guy Boulo
Directeur de Transaxio Hôtel, Partenaire du groupe In Extenso

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