Le développement du golf et du tourisme golfique en France : bien préparer son jeu – Partie 2/2

Partagez cet article :
Écrit par Guy Boulo le 2 janvier 2013   |   3 185 vues0 commentaire

Grandes fortunes, petits profits

Après 15 ans de stagnation, un regain d’enthousiasme pour le développement du golf est perceptible. Le tourisme golfique tend actuellement à croître plus rapidement que le tourisme traditionnel, et la France, en théorie, dispose d’une localisation idéale pour rafler tous les bénéfices (entre autres, des parcours de qualité, faciles d’accès, une variété de climats et de paysages et de nombreuses attractions touristiques complémentaires au golf).

Cependant, les conditions actuelles de marché ont fortement évolué. Des pays émergents comme la Turquie, le Maroc ou encore l’île Maurice, avec le soutien de leurs offices de tourisme nationaux, intègrent le golf dans des grands projets touristiques structurants (aidés par des faibles coûts de construction et de main-d’œuvre). A l’inverse, les canaux de commercialisation du tourisme golfique en France manquent de structuration et accusent un retard par rapport aux autres filières touristiques. En d’autres termes, les actions de promotion reposent en majeure partie sur les opérateurs privés. De plus, le lobbying politique et environnemental, particulièrement dans la région PACA, risque fort de freiner la réalisation des projets futurs, quel que soit l’impact réel ou anticipé de ces nouveaux développements golfiques. Par ailleurs, la demande stagne sur les marchés traditionnels, tels que l’Angleterre, l’Ecosse, l’Allemagne et les Etats-Unis, tandis que les passionnés de golf dans ces mêmes pays redécouvrent les parcours à l’intérieur de leurs frontières.

Enfin et surtout, des destinations golfiques réputées ayant connu un développement important de leur offre, notamment l’Espagne et le Portugal, tendent à se commercialiser à présent de manière agressive pour faire fonctionner leurs équipements.

Par ailleurs, parmi les enjeux les plus cruciaux à ce jour pour le développement de nouveaux parcours de golf, il s’agit de convaincre les collectivités locales que le golf peut être « vert » (les parcours de golf utilisent généralement 50% moins d’eau et 75% moins de produits chimiques que l’agriculture intensive, par exemple), de trouver des emprises foncières suffisamment vastes dans des localisations adéquates et d’obtenir suffisamment de droits de construction durables pour concilier les attentes des collectivités locales et les impératifs économiques des développeurs (retour sur investissement raisonnable, stabilité de l’exploitation). Les parcours de golf qui dépendent en bonne partie de la clientèle locale doivent trouver un site suffisamment proche et facilement accessible depuis les grands centres urbains – si possible à moins de 20 km.

Tout cela doit être pris en compte dans l’élaboration du concept et le montage financier de tout nouveau golf et de ses composantes annexes. La vieille boutade sur l’industrie aérienne, disant qu’elle mobilise des grandes fortunes pour faire des petits profits, est particulièrement adaptée à l’industrie du golf. Il n’y a en effet que très peu de nouveaux parcours de golf en France qui font des profits sans avoir d’activités complémentaires génératrices de revenus additionnels. La pratique très saisonnière du golf dans la plupart des régions de l’Hexagone et le fait que le parcours de golf français moyen atteint difficilement un taux d’occupation annuel de 30% sont des facteurs qui ne peuvent être ignorés.

Pour être stable financièrement, la localisation géographique et les composantes du projet doivent être étudiées très attentivement, car les coûts de fonctionnement annuels sont généralement fixes pour environ 80%, tandis que les recettes sont, elles, à 100% variables. De plus, les hôtels développés sur des parcours de golf ne possèdent aujourd’hui qu’environ 40 chambres en moyenne, ce qui rend difficile d’équilibrer leur exploitation. De ce fait, en France, très peu d’exploitations golfiques peuvent être économiquement viables sur la base exclusivement du tourisme golfique : il est essentiel de disposer d’une forte demande locale et/ou d’une offre plus étendue de produits complémentaires comme par exemple un hôtel, un spa, des restaurants et des espaces de réunions/ séminaires. Le développement de « resorts » golfiques entièrement intégrés est une manière de diminuer les fluctuations saisonnières tout en générant des revenus supplémentaires.

Maîtres de notre futur

A quoi ressemble alors le futur du golf en France ? Quels sont les éléments qui peuvent jouer en notre faveur ? Le tourisme est indiscutablement un facteur essentiel pour les golfs de notre pays, puisqu’il représente aujourd’hui 20% de leur chiffre d’affaires total (hors revenus annexes). Les opérateurs peuvent exploiter directement ce marché (potentiellement énorme). La création d’une centaine de petits golfs urbains pourrait également générer une nouvelle vague de golfeurs. Cette initiative était soutenue par la Fédération française de golf, pendant la candidature française pour l’accueil de la Ryder Cup en 2018.

Pour pouvoir exploiter correctement ce marché touristique, la France doit toutefois se reprendre en main, et ce rapidement si elle veut conforter sa position face à la concurrence. Un rôle plus affirmé de tour-opérateurs spécialistes du golf et intégrant verticalement toute la chaîne de production touristique, une multiplication des partenariats entre parcours de golf, hôtels et autres équipements d’affaires et de loisirs situés dans le même périmètre (partager les ressources en d’autres termes), et des actions de promotion adéquates au niveau national (ou au moins régional) semblent nécessaires si la France veut être reconnue pour son tourisme golfique comme elle l’est déjà pour son tourisme en général.

Les RLRC sont-elles la solution ?

Toutefois, comme nous l’avons montré précédemment, les parcours de golf ne peuvent dépendre uniquement du tourisme pour survivre, et la France pourrait par exemple s’inspirer de ses voisins outre-Atlantique pour y remédier. Les communautés créées autour du golf ont été jusqu’à récemment l’une des tendances les plus dynamiques dans le secteur de l’immobilier en Amérique du Nord. Considéré comme une alternative acceptable aux appartements en multipropriété, le développement de ce type de zones résidentielles (appelées « Residential Lifestyle Resort Communities » ou « RLRC »), constituées d’un mélange de résidences principales et secondaires, d’hôtellerie et de parahôtellerie, d’équipements de loisirs couverts et en extérieur, de surfaces commerciales, et évidemment dans ce contexte, de parcours de golf, pourrait être un moyen de répartir équitablement le risque d’investissement, de lisser les problèmes de saisonnalité et de dynamiser le développement grâce au potentiel d’attractivité golfique de ce type de destination.

De plus, bien qu’ils requièrent un soutien local et régional important, de tels projets peuvent :

  • offrir des emplois stables durant toute l’année ;
  • proposer suffisamment de services bénéficiant à la communauté pour répondre aux attentes politiques (le développement de résidences pour personnes âgées, par exemple) ;
  • devenir des destinations à part entière ;
  • influencer les transporteurs européens (notamment les compagnies aériennes low-cost), ce qui pourrait aider à stimuler le tourisme connexe et d’autres activités économiques (directes ou indirectes) grâce à un accès plus facile.

Les études d’impact économique ont montré que chaque euro dépensé sur les “green fees”, directement ou indirectement, génère cinq à huit euros supplémentaires dans l’économie locale, régionale et nationale… Une motivation suffisante pour recueillir le soutien politique nécessaire ? Et s’il faut trouver des arguments supplémentaires, la France (plus précisément le Golf national près de Versailles), a été sélectionnée pour accueillir la 42ème biennale de la Ryder Cup en 2018 – une bonne nouvelle, sachant que cet événement qui s’est tenu en 2010 au Pays de Galles a généré près de 90 millions d’euros dans l’économie locale, pendant la semaine du Challenge entre l’équipe d’Europe et l’équipe des Etats-Unis…

Avec nos remerciements à notre partenaire Michael L. Holmes, MLH Consult, qui a collaboré à la rédaction de cet article.

A propos de l'expert

Guy Boulo

Guy Boulo
Directeur de Transaxio Hôtel, Partenaire du groupe In Extenso

Laisser un commentaire