Crise de croissance pour les agglomérations françaises !

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Écrit par Guy Boulo le 30 avril 2013   |   286 vues0 commentaire

Après deux années – 2010 et 2011 – de reprise, l’hôtellerie des grandes agglomérations semblait engagée sur la voie de la croissance. Les métropoles françaises montaient en puissance et avec elles leur marché hôtelier. 2012 marque un coup d’arrêt à cette croissance avec des performances en berne.

Grandes agglomérations, des performances en retrait

L’occupation des hôtels est globalement orientée à la baisse et ce phénomène concerne quasiment toutes les agglomérations. Seule l’hôtellerie bordelaise et dans une moindre mesure Montpellier semblent échapper à cette tendance baissière. Pour les autres villes, dans le meilleur des cas la fréquentation stagne ou, plus couramment, est en recul. Plus inquiétant, le phénomène touche quasiment toutes les catégories, de l’hôtellerie super-économique à l’hôtellerie de grand luxe.

Cette baisse de la fréquentation des hôtels s’accompagne d’une évolution peu favorable des prix moyens. Rares ont été les villes à pouvoir compenser la baisse de l’occupation par une progression des prix moyens. Nice fait partie de cette minorité mais elle a bénéficié du dynamisme de la Côte d’Azur. Pour les autres destinations urbaines, les chiffres d’affaires hébergement sont en net retrait par rapport à 2011. Les difficultés sont particulièrement sensibles dans la moitié supérieure du marché puisque dans ces catégories, les baisses de chiffres d’affaires peuvent aller jusqu’à 10% avec une majorité de destinations enregistrant des reculs de l’ordre de 4% à 5%. Les catégories économiques et super-économiques ne sont pas épargnées mais avec des diminutions de chiffre d’affaires hébergement globalement comprises entre 2% et 3%.

Cette nouvelle chute de l’activité, après celle de 2009, interpelle. Faut-il y voir un aléa conjoncturel dû aux difficultés de l’économie française ou un problème structurel bien plus inquiétant ?

Une large dominante de clientèle française et une offre en croissance : effet ciseaux garanti en temps de crise

Il faut tout d’abord constater que, si depuis une dizaine d’années les métropoles régionales gagnent en puissance, la diversification du mix clientèle des hôtels n’évolue pas aussi vite. Le marché hôtelier des grandes agglomérations françaises reste encore dominé par une clientèle française à motif professionnel. Ce faisant, le marché hôtelier de ces villes reste fortement dépendant de la conjoncture économique française. Cette dernière a quasiment stagné en 2012 mais avec des inégalités territoriales qui font que les régions ont été davantage impactées que Paris. De ce point de vue, les difficultés rencontrées par l’hôtellerie régionale apparaissent bien comme étant conjoncturelles.

Un autre phénomène intervient également. Marché globalement dynamique ces dernières années, les grandes agglomérations ont vu se développer de nombreux projets hôteliers. Ainsi entre 2011 et 2013, le parc hôtelier des 10 principales unités urbaines, hors Paris, a progressé de près de 5%. Certaines agglomérations affichent même des taux de croissance proches ou supérieurs à 10%. Ces projets initiés 3 ou 4 ans avant leur ouverture s’inscrivaient alors dans un contexte pré-crise de développement de la fréquentation hôtelière et de montée en puissance des grandes agglomérations françaises.

Il faut rajouter à cela le rôle joué par les résidences hôtelières urbaines. L’offre s’est considérablement développée ces dernières années avec des frontières de plus en plus ténues entre marché hôtelier et résidences urbaines. Nombre d’acteurs para-hôteliers ciblent désormais la clientèle d’affaires de cœur de semaine, marché traditionnel de l’hôtellerie des grandes agglomérations.

L’arrivée récente sur le marché de cette offre hôtelière et para-hôtelière a provoqué un véritable effet ciseaux. L’accroissement sensible de l’offre s’est fait dans un contexte où le marché hôtelier était déjà confronté aux effets de la crise économique sur la fréquentation. De là, des performances difficiles et de fortes inquiétudes pour les acteurs en place.

Une crise de croissance imposant de relever de nouveaux défis

Faut-il en conclure que les difficultés actuelles constituent un problème structurel d’inadéquation de l’offre à la demande ? Non. Le développement du marché hôtelier des grandes agglomérations s’inscrit dans la croissance à long terme des destinations régionales. Dans cette perspective, les nouveaux équipements vont peu à peu trouver leur place dans le marché et contribuer à l’attractivité des destinations.

Pour autant, cette intégration de l’offre récemment ouverte, et des développements qui ne manqueront pas d’apparaître encore, ne se fera pas sans un travail de fond sur les destinations. Celles-ci doivent relever le défi et accompagner la mutation des marchés en favorisant la diversification du mix clientèle. Ainsi, le directeur exécutif de l’Organisation Mondiale du Tourisme, Frédéric Pierret, évoquait récemment la baisse jugée préoccupante des investissements touristiques en France, qui risque selon lui de contribuer à la dégradation du positionnement de notre pays sur les marchés touristiques internationaux.

Ménager des pauses pour laisser le marché absorber les nouveaux venus, favoriser les projets les plus pertinents qui contribueront au développement des destinations et accompagner l’évolution des produits sont quelques-uns des nombreux défis que les destinations vont devoir relever. C’est à ces conditions que le marché hôtelier des grandes agglomérations traversera cette crise et renouera avec la croissance.

Taux d’occupation (TO)

Le TO indique le niveau moyen de fréquentation d’un hébergement sur une période donnée, en rapportant le nombre de chambres occupées au nombre de chambres disponibles (hors chambres destinées au logement du personnel). Offerts et gratuités ne sont pas pris en compte dans le calcul du taux d’occupation.

Recette Moyenne par Chambre louée (RMC)

La RMC reflète le prix moyen auquel est vendue une chambre sur une période donnée, tenant compte des réductions concédées et des tarifs spéciaux accordés (tarifs saisonniers, tarifs groupes, tarifs congrès, etc.).
Il est calculé en divisant le chiffre d’affaires Hébergement (hors petits déjeuners, téléphone et autres recettes annexes) par le nombre de chambres occupées sur la période considérée.

Revenu moyen par chambre disponible (RevPAR)

Le RevPAR est la division du chiffre d’affaires Hébergement par le nombre de chambres disponibles à la vente sur une période considérée. Il peut également être calculé plus simplement, en multipliant le TO par la RMC.
Indicateur hôtelier par excellence, le RevPAR reflète les performances d’un établissement en croisant les dimensions quantitative (fréquentation) et qualitative (prix moyen).

A propos de l'expert

Guy Boulo

Guy Boulo
Directeur de Transaxio Hôtel, Partenaire du groupe In Extenso

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