2015, la France touchée par le terrorisme : des impacts différenciés selon les territoires – Partie 1

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Écrit par Philippe Gauguier le 29 février 2016   |   165 vues0 commentaire

A l’heure du bilan, l’année 2015 reste mitigée pour l’hôtellerie française, et la conjoncture toujours morose continue à se faire sentir. La reprise tant espérée ces dernières années tarde, et sa timidité en 2015 ne peut bouleverser la donne dans un environnement national et international toujours incertain.

Sur l’ensemble du territoire, les catégories Grand luxe et Milieu de gamme enregistrent des performances identiques à l’année 2014, alors que le marché Haut de gamme a le mieux performé, avec un RevPAR en progression de +1,7%. L’hôtellerie Super-économique, qui n’avait pas reporté sur ses tarifs la hausse de TVA subie en 2014, a en revanche augmenté ses prix en 2015. Parallèlement, sa fréquentation a toutefois enregistré un recul en 2015, confirmant la tendance observée ces dernières années. Au final de l’année, son RevPAR est en retrait de 1%.

Cette tendance générale ne peut toutefois rendre compte des réalités très contrastées selon les territoires. Les performances en régions restent globalement positives, voire très positives pour la Côte d’Azur. A l’inverse, et comme on a pu le craindre dès le mois de janvier, Paris et, dans une moindre mesure, l’Ile-de-France ont enregistré un recul très net. Les destinations à vocation touristique ont pu profiter d’un calendrier scolaire favorable et des nombreux ponts du mois de mai.

Les attentats terroristes auront marqué l’exercice 2015

Le pays a été frappé, par deux fois, par des attaques terroristes au cours de l’année 2015. D’abord dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo et à la Porte de Vincennes, au mois de janvier, puis une seconde fois le 13 novembre à St-Denis (93) et dans Paris. Si l’ensemble de la vie sociale et économique de la capitale a été impactée, l’hôtellerie, structurellement en première ligne dans ce type de situation, aura subi le contrecoup des attentats.

Après les attentats du mois de janvier, la plupart des catégories ont subi une baisse de fréquentation de 3% à 6%, seule l’hôtellerie Haut de gamme parvenant à voir son occupation progresser (+2,6%). Logiquement, l’impact est plus marqué et uniforme sur le mois de février où toutes les catégories voient leur fréquentation reculer. Les réservations déjà effectuées ont été plus compliquées à annuler, et la baisse des réservations n’a touché qu’une partie du mois de janvier, alors que le mois de février a été pleinement impacté. En revanche, les hôteliers ont maintenu leurs prix ; une baisse n’aurait sans doute eu aucun effet sur la fréquentation face au risque sécuritaire. Ainsi cette période se termine par un recul de seulement 0,3% du RevPAR, toutes catégories confondues, et dès le mois de mars, la tendance était de nouveau à la hausse.

L’impact aura été beaucoup plus marqué sur les mois de novembre et décembre. Si, comme suite aux attentats de janvier, les hôteliers ont globalement maintenu leurs prix, la baisse de fréquentation aura été beaucoup plus importante, de -10,9 à -14,6% de taux d’occupation selon les catégories pour le mois de novembre, et de -15,4 à -24,3% pour le mois de décembre. Sans la tenue d’événements de portée internationale tels que la COP21 et la Fashion Week sur cette période, la baisse de fréquentation aurait sans doute été encore plus importante. Au terme de cette période de deux mois, le RevPAR a reculé sur Paris de 13,4 %, se situant à 126 € HT toutes catégories confondues en 2015, contre 145 € en 2014.

En revanche, le pôle de Roissy Charles-de-Gaulle s’est bien porté et a pu bénéficier pleinement de l’impact positif de la COP21 qui a finalement été maintenue. La clientèle individuelle d’affaires a eu tendance à opter pour le tarif flexible et la réservation de dernière minute, relativement plus chers, mais permettant l’annulation du séjour. Ce pôle d’activité enregistre un taux d’occupation de 80%, un prix moyen de 114 € HT, soit un RevPAR de 86 € HT (+4,8%) sur l’année 2015. Sur le seul mois de décembre, la croissance du RevPAR est de +33% par rapport au même mois de l’année précédente.

Si les attentats du mois de janvier pouvaient, dans l’esprit des clientèles loisirs comme affaires, avoir un caractère exceptionnel, la seconde vague est venue rappeler à tous que le risque terroriste n’est pas écarté et que la France, Paris en particulier, est une cible prioritaire. L’état d’urgence est toujours d’actualité. La sécurité du pays est un facteur clé pour l’activité touristique, quelles que soient les clientèles, et le retour à une situation apaisée dans les mois qui viennent est un enjeu de tout premier ordre.

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Traitement des données par Grégory Fortems, Consultant, In Extenso Conseil Tourisme, Culture et Hôtellerie 

A propos de l'expert

Philippe Gauguier

Philippe Gauguier
Responsable Conseil en Tourisme, Hôtellerie, Restauration, Associé groupe In Extenso In Extenso TCH

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