2012, face à la crise les hôteliers ne sont pas égaux

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Écrit par Guy Boulo le 23 avril 2013   |   1 229 vue0 commentaire

Les plus optimistes ont revu à la baisse leurs espoirs, 2012 n’aura pas été l’année de la reprise économique en France. L’actualité aura même été plutôt sombre si l’on s’en tient aux annonces de plans sociaux, de hausse du chômage et de stagnation du PIB réel.

Ces annonces ont trouvé un large écho auprès des hôteliers. Exerçant une activité de services, ils sont par nature très sensibles à l’environnement économique. Le fait est d’ailleurs tout aussi vrai pour l’hôtellerie à forte composante affaires que pour celle qui se positionne sur l’agrément.

Pourtant, si l’environnement économique français est resté incertain et peu dynamique, il n’en a pas été de même partout. Plusieurs de nos partenaires économiques ont entamé un retour vers la croissance. L’économie américaine affiche des taux de croissance qui n’annoncent pas encore le retour au plein emploi mais laissent entrevoir la fin du tunnel. De même, les économies asiatiques ont souffert de la conjoncture internationale mais leur demande intérieure prend peu à peu le relais et permet à de nouvelles classes de populations de voyager.

2012, année de crise ou de reprise pour l’hôtellerie française ?

Si l’on s’en tient aux performances globales, la situation est contrastée. Les établissements de haut de gamme et de grand luxe affichent des chiffres d’affaires hébergement en progression en 2012. Le RevPAR – indicateur de référence du chiffre d’affaires hébergement – a augmenté de près de 3% pour les établissements de haut de gamme et de près de 6% pour les hôtels de grand luxe. Malheureusement, cette croissance n’est pas partagée par l’hôtellerie super-économique à milieu de gamme. Pour ces dernières catégories, le chiffre d’affaires hébergement stagne et il est même en recul pour l’entrée de gamme.

Le bilan apparait donc comme contrasté et n’incite pas vraiment à pousser un soupir de soulagement. L’inquiétude pourrait même poindre quand on regarde plus en détail les performances. Ainsi, les hausses du chiffre d’affaires hébergement de l’hôtellerie supérieure apparaissent comme étant surtout portées par la croissance des prix moyens. Les taux d’occupation sont à l’arrêt et restent peu ou prou au même niveau que l’année passée. C’est toujours mieux que le reste du marché dont la fréquentation s’est dégradée en 2012, avec des reculs de taux d’occupation allant de 1% à 3%. Le léger retour de la clientèle enregistré l’année passée n’aura donc pas débouché sur une véritable reprise.

La situation est toutefois loin d’être homogène et il faut bien reconnaître que tous les hôteliers ne sont pas logés à la même enseigne… fussent-ils indépendants ! Le marché français est bien plus contrasté que ce que peuvent donner à voir les moyennes nationales.

Paris, diversité du mix clientèle et internationalisation de la destination font oublier la crise

Pour l’hôtellerie parisienne, la crise semble être loin. Les chiffres d’affaires hébergement sont en nette progression. La croissance du RevPAR est partagée de façon homogène avec des hausses de 4% à 6%. Certes, ici aussi ce sont les prix moyens qui tirent le chiffre d’affaires vers le haut mais il faut dire qu’avec des TO avoisinant ou dépassant les 80%, les marges de progression semblent réduites.

Le marché parisien bénéficie d’un contexte particulièrement favorable avec un mix clientèle d’une grande diversité. Comme quelques autres destinations dans le monde, Paris attire aussi bien une clientèle d’affaires que d’agrément ou de congressistes. Cette diversité permet de mieux résister en temps de crise et de retrouver rapidement le chemin de la croissance. De plus, Paris est une destination très fortement ouverte sur la clientèle internationale. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que la capitale française ait bénéficié de la reprise engagée ailleurs dans le monde. Cette tendance était déjà palpable depuis plusieurs années mais s’est accentuée en 2012. Le mauvais souvenir de la chute des performances de 2009 s’estompe peu à peu au bénéfice d’un certain optimisme.

Côte d’Azur, de la croissance mais avec un zest d’inquiétude

Le bilan de l’hôtellerie azuréenne est également bon. Les chiffres d’affaires hébergement sont en progression de plus de 5% et ici aussi la croissance est partagée par toutes les catégories. Pourtant, ces bons résultats n’empêchent pas les hôteliers de garder une certaine prudence.

Il faut dire que si, comme à Paris, la croissance a été tirée par les prix moyens, les niveaux de taux d’occupation sont ici nettement moins soutenus. Les hôteliers savent que, sans croissance de la demande, la bonne santé des prix moyens pourrait rapidement tourner court.

Ce phénomène est d’autant plus vrai qu’il faut compter avec des intermédiaires de plus en plus gourmands. Ceux-ci viennent prélever une part croissante du chiffre d’affaires. Part qui n’apparait pas dans le prix moyen mais qui manque cruellement en bas du compte de résultat.

La prudence est d’autant plus de mise que la croissance de l’occupation a été moins vigoureuse qu’en 2011. Les taux d’occupation de la Côte d’Azur affichent une troisième année de progression mais sans avoir encore retrouvé les niveaux d’avant la crise.

En régions, un scénario en W

Les régions ont connu le scénario régulièrement évoqué, et redouté par de nombreux secteurs d’activité : le W. Après la crise de 2009, l’hôtellerie des régions a retrouvé le chemin de la croissance avec deux années de progression. Pas de quoi compenser l’impact de la crise mais suffisamment pour espérer un retour progressif à la normale. 2012 a mis, à court terme, un coup d’arrêt à cet espoir avec des chiffres d’affaires en recul dans toutes les catégories.

La dégradation du chiffre d’affaires est essentiellement due à une baisse de l’occupation. Moins internationalisées que Paris et la Côte d’Azur, les régions ont subi de plein fouet le marasme économique français. Le constat est d’autant plus sensible que pour une large part, le marché hôtelier des Régions est dominé par une demande d’affaires générée par le tissu économique local. Celui-ci souffre et avec lui l’hôtellerie régionale. Le phénomène a été encore accentué par la stagnation des prix moyens. Ceux-ci n’ont pas permis de limiter les effets de la baisse de l’occupation. Au final, le chiffre d’affaires hébergement baisse de 2% à 4% selon les catégories, mais le bilan pourrait s’avérer encore plus difficile une fois déduites l’inflation et les commissions versées aux intermédiaires.

A propos de l'expert

Guy Boulo

Guy Boulo
Directeur de Transaxio Hôtel, Partenaire du groupe In Extenso

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